Née à Montpellier, Haomah Sports est une marque fondée par Maryam Bini à partir d’un constat simple : les règles ne devraient jamais empêcher une sportive de pratiquer sa passion.
Après deux années de recherche et développement, menées entre 2021 et 2023, la marque voit le jour avec une ambition claire : proposer des vêtements menstruels adaptés à la pratique sportive, pour permettre aux sportives de bouger en toute liberté, sans tabou ni contrainte.
Shorts, leggings, maillots de bain… Haomah Sports développe des solutions pensées pour répondre aux besoins des sportives, dans différentes disciplines : sports individuels, sports aquatiques, danse, gymnastique ou encore sports collectifs.
À travers ce partenariat, le Montpellier FC et Haomah Sports partagent une même conviction : les règles ne doivent pas être un frein à la pratique sportive. Les deux acteurs se retrouvent autour de valeurs communes : l’accès au sport pour toutes, la confiance en soi, l’éducation et la liberté de pratiquer sans tabou.
Parce que mieux comprendre les enjeux liés aux règles et au sport, c’est aussi contribuer à faire évoluer les mentalités, nous avons donné la parole à Maryam Bini, fondatrice de Haomah Sports, pour revenir sur son parcours et les enjeux auxquels sont encore confrontées les sportives aujourd’hui.
Discussion avec Maryam Bini, fondatrice de Haomah Sports
En 2026, est-ce que le sujet des règles reste encore tabou dans le sport de haut niveau ? Qu'est-ce que vous observez à travers votre démarche ?
Oui. Et le pire, c'est qu'on fait comme si ce n'était plus le cas.
On en parle dans les médias, on publie des études, on salue les athlètes qui prennent la parole. Mais dans les vestiaires, rien n'a vraiment changé. Des joueuses professionnelles entrent sur le terrain avec une boule au ventre. Elles choisissent le short le plus sombre et vérifient à la mi-temps. Une partie de leur cerveau est occupée par autre chose que le match.
Le haut niveau mesure tout : le sommeil, la charge, la fréquence cardiaque. Mais une chose qui concerne chaque joueuse, chaque mois, reste hors du radar. Ce silence a un coût, et ce coût se paie en performance.
Vous dites vouloir aller plus loin que simplement proposer des protections menstruelles. Qu'est-ce que ça veut dire concrètement ?
Tout est parti d'une phrase de ma fille aînée.
Elle était nageuse, elle avait une compétition, et elle avait ses règles. Elle ne voulait pas porter de tampon. Elle a donc dû renoncer. Ce soir-là, elle m'a regardée et m'a dit : « Maman, pourquoi je suis punie parce que je vais porter la vie, alors que les garçons, eux, ne se posent jamais de questions ? »
Je n'avais pas de réponse. Alors j'en ai construit une.
Il a fallu deux ans de R&D, de 2021 à notre lancement en 2023. Aujourd'hui, Haomah fabrique de vrais équipements de sport, des shorts, leggings et maillots de bain, avec jusqu'à 5 heures de protection intégrée. Les tissus sont italiens et certifiés OEKO-TEX et GOTS, et la conception est française. Nous ne vendons pas une culotte menstruelle. Haomah fabrique une tenue qui permet à une sportive de ne plus jamais choisir entre sa compétition et son corps.
Mais le produit n'est que la moitié du combat. L'autre moitié, c'est de briser le silence. Beaucoup de jeunes filles arrêtent le sport à l'adolescence. Certaines arrêtent à cause de leurs règles, et personne ne leur a jamais dit qu'elles avaient le droit d'en parler. Ma fille a eu la chance de pouvoir le dire. Je veux que toutes les autres puissent le dire aussi.
Qu'est-ce que vous espérez apprendre des joueuses du Montpellier FC dans le cadre de ce partenariat ?
Tout ce qu'elles ne disent pas en conférence de presse.
Ce sont les testeuses les plus exigeantes au monde. Elles s'entraînent tous les jours, encaissent les contacts, sprintent sous la pluie. Si notre produit tient avec elles, il tiendra avec tout le monde. Je veux leurs retours sans filtre, même les plus durs.
Et je veux leurs histoires. Comment elles vivent leur cycle sur une saison. Ce qu'elles n'ont jamais osé dire à un coach. Ce qui leur a manqué à 13 ans. Je suis prête à parier que beaucoup d'entre elles ont, un jour, ressenti la même injustice que ma fille.
Qu'est-ce qui vous a attiré dans ce partenariat avec le Montpellier FC ? Que pensez-vous de l'ambition du club d'être une référence du football féminin en France et en Europe ?
Une petite fille de l'école de foot ne vous écoutera pas. Elle écoutera sa joueuse préférée.
C'est pour ça que ce partenariat compte autant. Les joueuses du Montpellier FC sont des modèles. Quand l'une d'elles dit simplement « j'ai mes règles et je joue », elle fait plus pour une gamine de 12 ans que dix campagnes de sensibilisation. Elle déculpabilise aussi la joueuse de 35 ans qui n'en a jamais parlé à personne. C'est le cœur de notre engagement : que les joueuses prennent la parole et démystifient le sujet, auprès des plus jeunes comme des moins jeunes.
Quant à l'ambition du club, je la partage entièrement. Une référence européenne ne se construit pas seulement avec des résultats. Elle se construit en prenant soin de ses joueuses dans toutes les dimensions de leur performance.
Les clubs qui intègrent le cycle menstruel dans leur accompagnement auront une longueur d'avance. Je veux que Montpellier soit le premier.
Et Haomah est une marque montpelliéraine. Porter ce combat avec le club de notre ville, c'est une fierté immense.
Quel(s) changement(s) culturel(s) espérez-vous avoir contribué à faire bouger dans le football féminin et le sport en général dans les prochaines années ?
Je veux que dans cinq ans, cette interview paraisse ridicule.
Je veux qu'on parle du cycle menstruel dans un staff aussi naturellement que du sommeil ou de la récupération. Que les équipements des sportives soient conçus pour leur corps, et plus bricolés à partir d'un modèle masculin.
Qu'aucune joueuse ne perde un centième de concentration à cause d'une
inquiétude qu'elle n'ose pas nommer.
Et surtout, je veux qu'aucune fille n'ait plus jamais à poser la question que ma fille m'a posée. Chaque ado qui quitte le terrain parce qu'elle a honte, c'est un échec collectif. Le jour où une joueuse de 13 ans partira à l'entraînement sans même y penser, parce qu'elle a entendu ses idoles en parler, on aura gagné.
Quel message souhaitez-vous adresser à toutes les sportives qui nous lisent ?
Vos règles ne sont pas une punition. Ne laissez personne, ni le regard des autres ni votre propre gêne, vous faire croire le contraire.
Parlez-en. À votre coach, à vos coéquipières, à votre staff. Vous découvrirez que vous n'avez jamais été seules. Et si vous êtes joueuse confirmée, maman ou éducatrice, votre parole compte double : chaque mot que vous prononcez ouvre la voie à une plus jeune.
Un jour, ma fille m'a demandé pourquoi elle était punie. Ma réponse, c'est Haomah. La vôtre, c'est de continuer à jouer. Chaque jour du mois.




